LAGHOUAT D'APRÈS GEORGES HIRTZ

 


Création le 18 mars 2015

Au début du XIX ème siècle, il eut été difficile et périlleux, pour qui voulait franchir la partie centrale de l’Atlas Saharien, d’emprunter l’itinéraire direct qui relie actuellement Djelfa à Laghouat.

« Notre oasis a la plus riche végétation qu’il soit possible de rêver : le palmier, la vigne, le figuier, le grenadier y croissent aux côtés de tous les arbres du Tell. Les légumes et les céréales y poussent sans effort.  Les nomades apportent au marché les animaux, la laine, le beurre en abondance. Notre pays devrait être le pays du bonheur, il n’est hélas que celui de la discorde. »

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George Hirtz a été un ami précieux et précis. Ancien administrateur civil d'Algérie, il a même été jusqu'à décrocher un portrait de La Moricière exécuté par Horace Vernet en 1848 et offert au Centre de Documentation Historique de l'Algérie (CDHA), pour nous permettre de le mieux photographier :


Pour mieux connaître la biographie de Georges Hirtz, vous pouvez consulter le site du CDHA :

http://cdha.fr/georges-hirtz-une-vie-bien-remplie

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Au XIème siècle de notre ère, Laghouat s’appelait Ben Bouta, où vinrent des immigrants de toutes parts. Le chef des Oulad Sidi El Hadj Aïssa, venu de Tlemcen était d’une sagesse et d’une piété qui lui avaient attiré la considération et la sympathie des Ksouriens. Or Ben Bouta avait eu à subir de nombreuses attaques  du village de Ksar el Hirane. Le dit chef avait fait un miracle en déclenchant une tempête de sable sur ce village, et on lui avait promis une forte quantité de pièces d’or … que l’on refusa par la suite de lui verser. Écœuré, Si El Hadj Aïssa prédit aux Laghouati « qu’ils ne cesseraient désormais de s’entre-déchirer jusqu’à l’arrivée des Français dans le pays » !


Le tour d’eau pour les irrigations constituait le sujet de conflit le plus brûlant. C’était à celui qui tricherait le plus dans la manipulation des vannes d’irrigation. La richesse principale résidait dans le trafic d’esclaves, mais il y avait aussi commerce de plumes d’autruche, des dents d’éléphants, de henné, et de la poudre d’or.

Jusqu’au XVIII ème siècle, Laghouat dépendait nominalement du sultan du Maroc. À partir de 1721, le pays change de suzerain et passe sous la tutelle des Turcs, alors que ceux-ci sont maîtres d’Alger depuis deux siècles. La méthode est la même : des raids armés viennent récupérer le tribut et repartent aussi sec. Puis la famille Ben Salem assoit son autorité sur toute la ville.

Aïn Mahdi, situé à soixante quinze kilomètres à l’ouest de Laghouat, a fière allure «  une ligne de remparts crénelés, un air de commandement avec des dispositions de défense, quelque chose de religieux, d’austère qui rappelle Avignon … » L’origine d’Aïn Mahdi remonte à l’époque de Barberousse. À partir de 1750, le sort et la vie d’Aïn Mahdi vont être ceux des Tidjani. Déjà réputé pour l’érudition des congrès, avec la fondation de l’Ordre, son autorité morale s’amplifiera et sa puissance financière s’affirmera.

C’est à la fin du XVII ème siècle que les Larbaa firent leur apparition dans la région de Laghouat. Ils venaient de la région de Biskra, en majorité composés de Berbères et fractionnés en quatre éléments (arba = 4).

La renommée d’Aïn Madhi prit son éclat véritable et s’étendit bien au-delà de la région, à compter de la fondation de l’Ordre des Tidjani en 1781. Le créateur de la zaouïa, Si Ahmed Tidjani, était issu d’une famille de cheurfas venus du Maroc une centaine d’années auparavant. La voie qu’il formula pour sa confrérie avait un caractère éclectique et libéral, en mettant l’accent sur la générosité et la tolérance. La prédication qu’il entreprit rencontra tout de suite une large audience, jusqu’à la Tripolitaine, l’Égypte et la Syrie. Cela lui valut l’hostilité du dey d’Alger, ce fut également valable pour ses successeurs.

L’un d’entre eux, Si Mohammed Es Seghir refusa de s’allier à Abd el-Kader, en raison des outrages subi par ses prédécesseurs. Abd el-Kader vint alors faire le siège d’Aïn Mahdi, mais sans succès. Après transaction de paix, il s’engagea à respecter Aïn Mahdi, mais, après s’être recueilli sur le tombeau de Si Ahmed, il se ravisa et livra Aïn Mahdi au pillage et au massacre.



Laghouat en 1950



 En 1843, les Français s’installent en force en lisière même des Hauts Plateaux. Ahmed Ben Salem se place alors sous la protection de la France et est nommé « Khalifa du Roi des Français du ksar et des tribus nomades ». L’armée française est accueillie à Laghouat par cinq cents fantassins armés, avec oriflammes et nouba, et également très cordialement accueillie par la population. Officiers et soldats français se rendent au ksar où ils achètent force bijoux, tapis, coussins, plumes d’autruche.





 Mais la fête ne dure pas … les pasteurs, « nobles et guerriers », ne pouvaient pas supporter d’être commandés par un ksourien « marchand de dattes et de grains », cupide par surcroit. Le commandement français ne sait pas faire rétablir l’ordre entre les différents belligérants. Des émissaires du général Youssouf sont pris et décapités. Cette fois-ci, le gouvernement général décide d’intervenir définitivement à Laghouat.


Le 3 décembre 1852, les Français prennent Laghouat, ce qui a un retentissement profond dans tout le monde nomade et saharien. Le poste militaire commandait les mouvements des nomades et le trafic commercial du Sahara central. Mais la ville est aux trois quarts en ruine. Tout est à faire, et il n’y a pas d’argent. La plupart des hommes sont morts ou en fuite. En raison du sens politique du général François Charles du Barrail, qui s’opposait notamment au séquestre des biens des habitants, ceux-ci reviennent. D’importants travaux de captage des eaux de l’oued M’zi sont entrepris.

En 1864, nouvelle révolte. Le 8 avril, c’est le désastre de la colonne Beauprêtre au camp d’Aïn Boubekr. Le général Youssouf rétablit l’ordre, mais seulement provisoirement. Tout au long de ces troubles, les Larbaa ont combattu résolument aux côtés des Français ; quant à la ville de Laghouat, elle ne manifeste pas la moindre effervescence.

Laghouat compte alors plus de 10 000 habitants, puis 16 000 en 1884 et 41 000 en 1948. L’organisation administrative est dirigée par  un Bureau Arabe jusqu’en 1935 …

Nous ajouterons quelques paragraphes qui ne sont pas sans importance :

LA SÉCHERESSE DE 1945/1947


1945 fut l’année de la dépression la plus profonde qui, de mémoire d’homme, ait affecté la région. En moins de six mois, l’effectif du troupeau ovin tomba de deux cents mille à vingt mille têtes. La brutalité du phénomène et son intensité provoquèrent des perturbations d’une ampleur inouie dans toutes les tribus, dans tous les ksours. Les éleveurs durent vendre petit à petit tout ce qu’ils possédaient : bijoux, chevaux armes, selles, tapis, burnous, coffres … Ils durent fuir leurs terrains de parcours complètement désolés, leurs puits et leurs citernes asséchés. Repliés sur la ville dont le commerce tombait à peu près à néant, ils finirent par l’abandonner et par se disperser dans le Sersou, le Djebel Nader, le Tell à la recherche de toute besogne susceptible de leur procurer une mesure de semoule ou une poignée de dattes. Au cours des années 1946, 1947, 1948, plus de dix mille Larbaa ont ainsi vécu loin de leur territoire, mendiant leur subsistance, mourant de faim et de désespoir, disloqués, éparpillés à travers l’Oranie et l’Algérois. 

En 1951, plus de cinq mille d’entre eux étaient encore au loin. Les chantiers d’assistance par le travail n’arrivaient à soulager qu’une faible partie de cette détresse. La sinistre réputation de l’année 1921, appelée « Aam ech cheur » (année du malheur) était de beaucoup dépassée. L’épreuve était plus terrible encore : en 1921, soixante mille têtes de mouton avaient subsisté. en 1946, il en restait moins de vingt mille.

ACTION SANITAIRE


 Dès le début de leur installation, les médecins de l’Armée s’attachèrent à révéler aux autochtones le caractère social et humanitaire accompagnant  l’expansion française ; ils donnaient gratuitement leurs soins à tous ceux qui les demandaient. Partout, à côté du service des hôpitaux militaires, les médecins-chefs et leur personnel ouvraient des infirmeries-dispensaires où tout le monde était accueilli.


À Laghouat, les médecins furent secondés au début par les Sœurs de Saint Vincent de Paul, venues en Algérie avec la mission lazariste, puis, après le  départ de celles-ci, par des infirmiers musulmans formés par elles. Les Sœurs Blanches arriveront en 1900 et ouvriront la pharmacie de l’hôpital militaire à la population civile. En 1906, la première « infirmerie indigène », complètement distincte de l’hôpital militaire sera installée, constituant le point de départ de l’assistance médico-sociale organisée et pénétrante.

Le bloc sanitaire de Laghouat comprend un grand dispensaire (150 000 consultations annuelles), quatre pavillons d’hopitalisation (40 lits), une clinique opératoire, une maternité, un pavillon radio,une pharmacie. Tuberculose, syphilis, paludisme, trachome, trichyasis furent les premières cibles de l’action médicale.


ACTION CULTURELLE


En 1864, la première école publique était créée. En 1910, 450 enfants dont 115 filles étaient scolarisés. En 1949, 1 100 élèves des trois religions étaient scolarisé à l’école publique, tandis que les Sœurs Blanches distribuaient un enseignement général, ménager et artisanal à 400 fillettes en majorité musulmanes.


Et bien entendu, l’aventure d’Aurélie Picard-Tidjani à Kourdane :


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