JOSE ABOULKER 1



Création le 28 décembre 2012

22 ans, étudiant en médecine. 23 ans, Compagnon de la Libération.  Il est difficile de faire mieux. C'est José Aboulker.

José Aboulker est le fils d'Henri Aboulker, chirurgien des Hôpitaux et professeur à la Faculté de médecine d'Alger, président du Parti Radical local et ancien député maire d'Alger, et de Berthe Aboulker, femme de lettres.


La famille Aboulker comptait parmi les grandes familles israélites algéroises. Elle donna tant des rabbins, dont le grand-rabbin d'Alger Isaac Aboulker, décapité en 1815 sur ordre du Dey que des médecins, comme le docteur Moïse Aboulker, l'un des premiers juifs d'Algérie à faire ses études de médecine en France, que Clémenceau remercia pour son rôle durant le siège de Paris en 1870, ou encore le professeur Pierre Aboulker, urologue qui a opéré le général de Gaulle.

Le débarquement des Alliés à Alger le 8 novembre 1942 constitue la deuxième victoire sur les forces  de l'Axe, après la bataille de Bir Hakeim en Libye ( mai-juin 1942 ) ; Churchill a dit à propos de la bataille aérienne d'Angleterre :
"Jamais dans le domaine de la guerre tant d'hommes n'avaient eu une telle dette à l'égard d'un si petit nombre d'individus ".
"Never in the field of human conflict was so much owed by so many to so few".


On peut en dire autant du groupe dit des "Quatre cents", mené par José Aboulker, qui, en paralysant la haute administration et le commandement français vichyssois d'Alger et leurs centres de communication, a permis le débarquement sans encombres des troupes anglo-américaines aux environs d'Alger ( Sidi Ferruch pour les intimes ) ainsi que l'occupation sans coup férir de l'Algérie, avant que les Allemands n'aient eu le temps de réagir pour livrer une bataille d'Algérie lourde de conséquences.

Le livre "La victoire du 8 novembre 1942" est le livre posthume de José Aboulker, enfin mis en page par Jeannine Verdès-Leroux, et publié grâce à l'aide de la Direction de la Mémoire, du Patrimoine et des Archives du Ministère de la Défense.


La Préface de Jean-Louis Crémieux-Brilhac, Président de l'Association Liberté-Mémoire, suffirait pour faire la recension de ce livre épais de quelque 630 pages. En prime, le préfacier tire dans sa postface les suites effarantes de la farce dramatique qui va s'ensuivre. Mais finalement, "les bustes de Marianne reprennent place dans les mairies d'Algérie tandis que disparaissent les portraits du Maréchal".

Dans la première moitié de son livre,  José Aboulker essaie avec succès de faire comprendre les raisons de la défaite de 1940 : "L'interdiction de toute initiative a déprimé et, à la longue, annulé l'esprit d'initiative". Pis, avant guerre, on en est à la soumission tacite aux Nazis, dont l'ennemi, affiché dans "Mein Kampf", est la France. Le summum est atteint à Munich en 1938. Ensuite, il sera trop tard. On peut résumer la pensée d'Aboulker par deux mots : irresponsabilité et incompétence, sauf de la part des Russes qui, pour attaquer les Allemands ont besoin de l'accord des Polonais pour traverser leur pays. Réponse des Polonais : "Avec les Allemands, nous risquons de perdre notre liberté, avec les Russes, nous perdons notre âme". Finalement l'incurie des uns et des autres aura tout de même fait hésiter Hitler pendant 5 jours avant d'attaquer la Pologne.

Suit une intelligente analyse sur les défauts et les faiblesses des dirigeants français, Aboulker cite de Gaulle :"Chacun ( des hommes politiques français ) d'ailleurs savait qu'il n'était là que pour une courte durée… L'armée se figeait dans les conceptions qui avaient été en vigueur avant la fin de la dernière guerre …"

Le bilan des potentiels donne : deux millions de Français de 20 à 30 ans contre six millions et demi d'Allemands. De plus les Allemands emploient leurs chars correctement, contrairement aux Français, malgré les avertissements incessants du Colonel de Gaulle. Conclusion d'Aboulker : assommés par les boucheries de la Grande Guerre, les officiers généraux ne voulaient pas vraiment faire la guerre, ce sont les jeunes qui ont résisté. 


De son côté, Adolf Hitler, après avoir formé des milliers d'officier pendant le blitz de Pologne, attendait en vain la fin du mauvais temps et en profitait pour renforcer l'armée allemande.( exemples : allongement de la portée insuffisante des canons des chars, décision de faire saisir les ponts par des commandos terrestres ). En raison de la météo, six fois l'attaque contre la France est reportée : quelle maîtrise de la machine de guerre pour ne pas démobiliser la troupe !

Malheureuse Belgique qui, croyant à la neutralité, refuse l'entrée des troupes françaises venant la fortifier, et crie ensuite au loup quand il est trop tard. Le général von Manstein propose à Hitler un plan lumineux d'attaque à travers la forêt des Ardennes, sous réserve que l'armée française vienne au secours de la Hollande et se coupe ainsi de ses bases. Le Führer accepte et profite de l'hiver pour constituer une véritable armée blindée qui s'enfoncera comme un coin dans le flanc de la défense française.

C'est ce que fera le général Heinz Guderian le 13 mai 1940 dans la région de Sedan face à une armée française inapte au combat. ( Nous ne pouvons que confirmer : ayant eu un parent commandant un groupement d'artillerie de 75 près de Dinant, le journal de marche de ses batteries est éloquent : c'est en écoutant par hasard la radio belge qu'un de ses artilleurs a pu prévenir l'Etat-Major de sa division de l'attaque allemande, et puis … les canons de 155 du fort de Dinant n'ont pas tiré pour deux raisons : 

a) leurs servants ne savaient pas s'en servir, 
b) les munitions n'étaient pas du bon calibre ! 
et puis … pendant le franchissement de la Meuse par les Allemands, ses batteries reçoivent l'ordre de repli ! etc. etc. ) Tout cela parce que la forêt des Ardennes était réputée infranchissable par le Haut Commandement français.

Et Aboulker de conclure en le soulignant : "Il n'est pas exagéré de dire que nous perdîmes la guerre ce jour-là", jusqu'au moment où le général Guderian fait arrêter ses blindés à 15 kilomètres de Dunkerque pendant 48 heures, pendant que la Luftwaffe fait pleuvoir ses bombes sur la "tête de pont" qu'il eut mieux valu appeler la "queue de pont" de Dunkerque. C'est le miracle anglais. Tous les bateaux sont bons : remorqueurs, canots de sauvetage, yatchs, bateaux de pêche, péniches, bateaux de plaisance à voile ou à moteur vont évacuer 100 000 soldats jusqu'aux vaisseaux au large de Dunkerque.

Puis c'est percée foudroyante partout, les diatribes du maréchal Philippe Pétain et du général Maxime Weygand contre les Anglais, l'idée tardive du "réduit breton", voire le repli en Afrique du Nord. Tout se passe trop vite avec des généraux dégoutés de la guerre, et quelques unités qui résistent encore, à titre personnel.

Et nous arrivons enfin à l'Algérie, objet du livre. José Aboulker a vingt ans. Pour lui, " l'état de l'Algérie est une parenthèse indispensable. Il faut que les plus jeunes des lecteurs se rendent compte de ce qu'était l'Algérie par rapport à la France au moment  de la Seconde Guerre mondiale. En 1940, l'Algérie est en même temps une colonie et une région française … L'idée d'y préparer une ligne arrière de défense n'est venue à aucun … Parce que pour les Français, au-delà des mers, ce n'est pas la France… Le ministre socialiste des colonies Marius Moutet met en garde :
- Ce serait une lourde erreur de précipiter nos colonies vers une industrialisation irréfléchie. Il ne faut pas créer un prolétariat qui, exploité et mécontent, serait rapidement dangereux"
.

Et Philippe Pétain demande à l'Allemagne ses conditions de paix ! Pas un armistice pouvant être rompue, mais la paix ! Hitler préfère un armistice, qui fera de Pétain son otage, pour empêcher que la flotte française et l'Empire français ne passent aux Alliés. Bien entendu, il y aura une commission de contrôle allemande en civil.

Cette première partie, passionnante, justifie à elle seule la lecture du livre. José Aboulker s'y adonne avec le plus grand soin pour retrouver ses motivations de jeunesse afin de continuer la lutte, d'abord seul puis avec quelques compagnons, et cela en grand stratège qu'il a été.

La suite algérienne au prochain article.